jeudi 17 novembre 2016

RIEN QUE SUR UNE PATTE!


Le 25 octobre dernier, c'est ma soeur Céline (toutes mes belles-soeurs sont devenues mes soeurs depuis 40 ans que je suis la compagne de leur seul frère!...) qui a pris cette photo de moi avec mon plâtre au restaurant d'Amos où nous étions allées bruncher à ma sortie de l'hôpital où je suis née, celui d'Amos. 


Dimanche matin, le 30 octobre, j'allais avec Félixe au Ciné-muffin dans le cadre du Festival du cinéma international de chez nous. Ce n'est sûrement pas parce que j'étais en béquilles et temporairement handicapée que j'allais passer à côté de la tradition qu'on a mis en place depuis de nombreuses années. 

RIEN QUE SUR UNE PATTE!

Les premiers jours et premières semaines après l'incident, je n'en pouvais plus de répondre à la question : « Mais voyons, Francine, qu'est-ce qui t'est arrivé? » mais là, à quelques jours de ma libération, ça ne me dérange plus autant d'en parler, je vais même prendre les devants pour vous le raconter!

Le dimanche 23 octobre, ma fille qui est très occupée par son travail et ses études en plus d'être maman de deux enfants en bas âge, passait la journée à l'urgence avec sa plus jeune qui était fiévreuse et moche depuis le début de la fin de semaine. Pendant ce temps, je passais du bon temps avec sa plus vieille. Je lui avais offert de préparer le souper pour nous tous, qu'on se retrouverait chez nous pour un petit souper rapide du dimanche soir comme on fait souvent. Elle a accepté mon offre, ça l'arrangeait. 

Vers 17 h 30, elle m'appelle pour me demander si ça me dérangeait d'apporter plutôt mon souper chez eux étant donné que la belle Blanche était toujours moche et fiévreuse même si on ne lui avait rien trouvé à l'urgence après avoir analysé son état de santé. Félixe et moi, on a apporté tout le souper à leur maison et ce fut un beau petit souper de famille. 

À 19 h 30, après la vaisselle, je les laisse à l'heure des bains et des dodos des petites et comme ils ont un grand escalier extérieur en pierres, je fais un petit coup vite, un voyage de paresseuse comme on dit. J'ai les bras chargés de tous mes plats en pyrex vides, la bouteille de vin qu'on n'a pas ouverte finalement et  mon sac à main qui contient à peu près tout ce dont j'aurais besoin sur une île déserte et quoi encore! Je ne voyais pas trop en avant de moi avec les bras si chargés, je pense avoir manqué la dernière marche... Le pied droit m'a tordu, j'ai piqué par en avant avec une élégance qui devait être belle à voir, dommage qu'il n'y avait pas de témoin...

Mon pied droit me faisait affreusement mal. J'ai regardé derrière moi toutes ces marches et je n'avais pas le goût de les remonter. J'avais mal au genou gauche aussi ainsi qu'à la main droite avec laquelle j'avais amorti ma chute. J'avais juste le goût de m'en aller chez nous pour constater les dommages mais j'avais envie de rire quand j'ai réalisé que je n'avais rien cassé de tout ce bazar que je transportais. Rien du tout. Pas même la bouteille de vin que j'étais contente d'avoir réchappée! Elle me porterait bonheur que je me disais, elle avait été sauvée de la catastrophe. 

Une fois à la maison, j'ai constaté que malgré les blessures que j'ai nettoyées à mon genou gauche et ma main droite, je n'avais pas déchiré mes jeans ni même sali mon manteau. Mais mon pied droit était enflé, je n'étais pas capable de me supporter dessus du tout, je sautais sur un pied pour mes déplacements réduits au minimum. Je croyais avoir une bonne entorse. 

La nuit se passe, je ne dors pas beaucoup. Le lendemain matin, je décide d'aller à l'urgence chez nous, à Rouyn-Noranda. Je me déplace toujours sur mon pied gauche, en traînant le pied droit, je me dis que j'aurai besoin des béquilles pour les prochains jours. On m'envoie passer une radiographie et le verdict tombe : fracture du 5e métatarse, l'os est même déplacé. Vu l'heure tardive dans la journée, on m'envoie en orthopédie à l'hôpital d'Amos le lendemain. Il faut que j'y sois à 7 h 45 et j'ai un bon 90 minutes de route à faire. Ah c'est vrai, dans ma région, il faut que je vous le rappelle, on compte toujours les distances en temps et non en kilomètres. Crocodile Dundee étant absent de la maison pour une bonne semaine, je demande à Céline si elle veut bien m'accompagner. Elle accepte gentiment. Comme une sœur. Elle me dit en plus qu'elle est ravie de me rendre la pareille puisque dans la dernière année, c'était moi qui l'avait accompagnée à Amos à deux reprises.

On me disait à l'hôpital de Rouyn que je devais rester à jeun au cas où l'on déciderait de m'opérer à Amos le lendemain. On m'interdisait entretemps de me supporter sur mon pied, on m'avait fait un demi-plâtre temporaire et on ne voulait même pas que j'aille récupérer ma voiture dans le stationnement pour aller me louer des béquilles à la pharmacie et revenir chez moi. J'ai donc appelé mon super gendre Dominic à mon secours puisqu'il me l'avait offert. Il est venu à ma rencontre en taxi, c'est ma fille qui avait l'auto ce jour-là. Je lui ai remis les clés de ma voiture, ensuite il est venu me chercher à la porte de l'urgence, il voulait me prendre dans ses bras pour m'amener à l'auto mais je n'ai pas voulu, je lui ai dit de garder ça pour ma fille, on a beaucoup ri. Il a été me louer des béquilles à la pharmacie, il me les a ajustées à ma grandeur, est venu me reconduire à la maison et il est reparti seulement quand je l'ai supplié de retourner à son travail. Un bon fils pour sa belle-mère!

Alors mon sourire sur la première photo en est un de soulagement. À Amos, ils sont forts en orthopédie, ce sont des pros. Pas eu besoin d'opération. Ouf! Pour me faire un plâtre, on m'a proposé un plâtre synthétique, moins lourd. Pour un petit surplus de 60 $, c'est ce que j'ai choisi. J'avais même le choix de la couleur! Deuxième bonne nouvelle de la journée, moi qui pensais que j'en aurais pour 6 semaines, on me disait qu'on voulait me revoir le 21 novembre, ce qui donnait 4 semaines plutôt que 6, j'étais encore bien plus soulagée, je gagnais 2 semaines. 

J'avais donc hâte d'aller manger un petit quelque chose avec Céline en sortant de l'hôpital d'Amos. J'étais quasiment euphorique de toutes ces bonnes nouvelles après avoir cru que ça allait être pire que ça, je me trouvais chanceuse dans ma malchance. Et c'est l'attitude que j'ai eue depuis ce temps-là. Je me débrouille quand même bien pour faire toutes mes choses, c'est seulement que je suis beaucoup ralentie.

J'ai donc passé une semaine merveilleuse de convalescence au Festival du cinéma. Mon amie Chantale est venue une journée à l'avance comme on l'avait planifié, comme on l'avait rêvé depuis des mois qu'on attendait ce moment qui nous rassemble chaque automne. Elle a été ma proche aidante le temps qu'elle était chez moi et tout au long du Festival, c'était sympathique et joyeux. Et puis, on a trinqué ensemble pour nos retrouvailles, c'est là que la bouteille de vin sauvée de la catastrophe nous a porté bonheur. 

Pendant ce mois que j'ai passé en béquilles et qui s'achève, j'ai quand même pris des leçons que je devrai apprendre à mettre en pratique. D'abord, apprendre à demander de l'aide, ce qui est très difficile pour moi. Ce n'est pas seulement de l'autonomie chez moi, je crois que j'ai poussé ça à l'extrême depuis toujours, qu'il y a sans doute pas mal d'orgueil mal placé là-dedans... Ensuite, je devrais ralentir le rythme, c'est vrai que je m'en demande beaucoup, J'ai eu le temps de réfléchir là-dessus pas mal dernièrement. Troisièmement, les maudits voyages de paresseuse, pour aller plus vite, pour gagner du temps, des pas, de l'énergie, être plus efficace, c'est fini. Je m'en fais la promesse à moi-même! 

Et socialement, j'en tire aussi une leçon que j'ai bien le goût de partager. C'était déjà compris pour moi que lorsque je croisais une connaissance qui se déplaçait en béquilles, avec un plâtre, une blessure apparente, je leur disais toujours : « Je ne te demanderai pas ce qui t'est arrivé, tu dois être écoeuré de la conter, mais en as-tu pour longtemps comme ça? » et maintenant, j'en rajoute avec ce petit conseil : Ne leur racontez pas votre histoire à vous, la fois où vous vous étiez fracturé la cheville, le bras, la clavicule, le tibia, on n'en peut plus à la longue d'entendre ces mésaventures et de voir vos vieilles cicatrices!

Mais y a tellement du bon monde dans le monde comme disait toujours mon cher Papa! J'ai remarqué surtout que beaucoup de personnes, dans des petites villes comme les nôtres, sont sensibles à vouloir nous aider : on nous sourit, on nous demande si on a besoin d'aide, on nous ouvre la porte, on nous offre une chaise, on veut nous sauver des pas, on nous dit un petit commentaire gentil, rigolo et plein de compassion. Il se vit des complicités instantanées avec de parfaits inconnus croisés sur notre route. Ça fait du bien de constater que le monde est bon et la dernière fois que ça m'était arrivé, c'est lorsque j'étais enceinte... ça fait 30 ans!

Maintenant que toutes ces leçons ont porté fruit, je peux tu vous dire que j'ai hâte au 21 novembre pour retourner à l'hôpital d'Amos voir l'orthopédiste et qu'on m'enlève ce maudit plâtre!!!

mercredi 19 octobre 2016

D'ENFANCE D'HIER ET D'AUJOURD'HUI



D'ENFANCE D'HIER

Ce sont mes cousines Lise et Raymonde qui m'ont fait parvenir cette photo de nous trois dont elles m'avaient parlé quand nous nous sommes vues début septembre dernier, au mariage d'une autre de nos cousines. En fait, je ne me rappelais pas du tout de cette photo de « nos petites robes de velours » et c'est lorsque Lise me l'a fait parvenir en fin de semaine que tout m'est revenu.  Quel beau cadeau elles m'ont fait, quels merveilleux souvenirs sont rattachés à cette photo où Lise et moi avions 7 ans et Raymonde, 5 ans. 

Ces quelques mois où j'habitais chez elles durant la semaine, de septembre à décembre, resteront à tout jamais gravés dans ma mémoire d'enfant. À ce moment-là, mon père travaillait à la mine Orchan à Matagami, il habitait dans une « bunkhouse » avec d'autres mineurs comme lui et il revenait à La Sarre les fins de semaine. C'était en attendant qu'il se qualifie pour avoir ce qu'on appelait à l'époque « une roulotte de la mine ». 

Maman avait vendu notre maison à La Sarre, elle était retournée habiter chez ses parents dans la grande maison du Rang VII  avec mes deux petits frères (2 ans 1/2 et 6 mois) et moi, comme j'allais à l'école durant la semaine, je restais en pension chez mon oncle Raymond et ma tante Yvonne. Pour ces quelques mois, et pour mon plus grand bonheur, j'avais deux soeurs avec lesquelles j'avais tant de plaisir, Lise et Raymonde. 

Mon oncle Raymond travaillait fort et quand il arrivait pour souper, malgré la fatigue, il jouait avec nous autres comme s'il avait eu notre âge. Il nous faisait tout le temps rire, mon oncle Raymond, il était tellement drôle et joueur de tours. Et puis, il était amoureux fou de ma tante Yvonne. Je le comprends, elle était tellement belle... 

Ma tante Yvonne était si féminine, si complice avec nous, si douce. Elle cuisinait tout ce qu'on aimait, elle coloriait avec nous autres, à la même table, en nous chantant des chansons, en nous racontant des histoires vraies, pas des histoires dans des livres là, des vraies histoires des Îles de la Madeleine qu'elle avait entendues là-bas ou ici. Elle était habile de ses mains, pour créer, décorer la maison, coudre, tricoter, crocheter et faire des merveilles avec rien. Elle savait nous faire plaisir, avoir une attention pour chacune de nous. Moi, encore aujourd'hui, quand je fais un gâteau blanc avec un glaçage blanc et des petits bonbons de couleurs dessus, je pense à ma tante Yvonne!  

Avec mes cousines, jamais de chicane. Ma tante Yvonne n'aurait pas enduré ça. Elle voulait qu'on s'aime. Et on s'aimait beaucoup. 

Elle nous a montré à jouer au catalogue! Vous souvenez-vous quand on recevait le catalogue de Noël de Sears? C'était la fête! Ma tante Yvonne nous assoyait toutes les trois ensemble et nous disait de tourner les pages tranquillement et de mettre le doigt tout de suite sur ce qu'on voulait que le Père Noël nous apporte! Des heures de plaisir... 

À l'approche de Noël cette année-là, on voyait bien lorsqu'on rentrait de l'école, Lise et moi, que ma tante se dépêchait de ranger ses tricots et se mettait tout de suite à brasser son souper. Raymonde venait nous rejoindre et ne semblait pas savoir elle non plus ce que sa mère tramait en notre absence. 

Et puis, à Noël, on l'a su... Sous le sapin, Lise, Raymonde et moi, on avait une boîte faite sur la longueur du même format exactement et joliment emballée. Ma tante Yvonne voulait qu'on les ouvre toutes les trois en même temps. Chaque fois que je reparle de ça avec mes cousines, elles rient aux larmes et moi, je pleure de bonheur.

Dans chaque boîte vide de papier ciré qu'elle avait récupérée, il y avait au fond un petit bébé tout nu et par-dessus il y avait toute une garde-robe qu'elle avait crochetée : des robes, des jupes, des chapeaux, des petits souliers avec une gance, des manteaux, des tuques, des foulards et même un petit sac à main coordonné. Pendant combien de semaines elle avait passé tous ses temps libres à nous crocheter pareils cadeaux? Je ne le saurai jamais mais chacune de nous avait son bébé avec les vêtements qu'il fallait pour l'habiller chic. Comme nous, quand elle nous habillait avec nos petites robes de velours! 

Aux vacances de Noël cette année-là, Papa est revenu de Matagami avec une bonne nouvelle : on avait enfin eu une roulotte de la mine! On est déménagés à Matagami, sur la rue Rupert, après le Jour de l'An. J'étais de retour avec ma famille maintenant réunie, dans une nouvelle ville minière qui se construisait, dans une nouvelle école temporaire en attendant que la vraie école soit construite et je ne connaissais personne. 

Papa avait dit un bon mot à la mine pour mon oncle Raymond et mon oncle Edwin qui ont été embauchés tous les deux et j'ai retrouvé mes cousins cousines à la fin de l'année scolaire, ils venaient d'emménager eux autres aussi dans une roulotte de la mine sur la même rue que moi. Ce n'est pas tant que ça un coup de chance, il n'y avait pas beaucoup de rues à l'époque, à Matagami!

Retour en 2016 : Dimanche dernier, j'avais à souper chez moi ma petite famille, dont mes deux petites-filles et même que Félixe avait son amie Mara avec elle. Comme j'avais reçu par erreur dans mon publi-sac deux catalogues de Noël, il m'est venu une idée. Je leur ai proposé de jouer au catalogue comme ma tante Yvonne nous le suggérait dans le temps que j'avais 7 ans, comme elles aujourd'hui. À ma grande surprise, ça marche encore tellement, ce jeu-là. Félixe et Mara ont eu tellement de plaisir, chacune avec son catalogue, à tourner les pages et choisir ce qu'elles allaient « commander ». La seule différence, c'est que dans le temps, on faisait attention au catalogue, jamais on n'aurait déchiré les pages ou encerclé au crayon un jouet. Aujourd'hui, les deux filles m'ont demandé d'avoir un gros surligneur pour encercler leurs jouets préférés! 

ET D'AUJOURD'HUI



Mamie, Félixe et Blanche, à la bibliothèque municipale de Rouyn-Noranda, un dimanche de septembre dernier. 


Blanche, 2 ans, avec son papa Dominic, à la bibliothèque municipale de Rouyn-Noranda. 


La première visite de Blanche à la bibliothèque a été un véritable succès!



J'en ai parlé souvent, depuis que Félixe a 3 ans, je vais la chercher à la garderie ou à l'école maintenant, une fois par semaine, pour notre sortie de filles à la bibliothèque et c'est toujours un bonheur, tant pour elle que pour moi. 

Depuis un petit bout de temps, Félixe me demande quand est-ce qu'on va amener sa petite soeur avec nous et moi, je lui réponds que lorsqu'elle aura 3 ans, on ira toutes les trois ensemble parce qu'il faut qu'elle soit capable de suivre une histoire quand on la lui raconte, qu'elle doit comprendre aussi qu'il ne faut pas faire de bruit pour suivre les consignes comme une grande. Félixe comprend tout cela mais elle me dit qu'elle a très hâte de partager nos sorties de filles avec sa petite soeur. 

Un dimanche de septembre dernier, on jouait dehors chez elles et j'avais invité Dominic et les petites à dîner pendant que ma fille donnait un spectacle à La Sarre, en avant-midi, pour jeune public, dans le cadre des Journées de la culture. 

Comme on s'apprêtait à aller dîner, Isabelle téléphone à Dominic et en apprenant qu'on va dîner ensemble, elle nous supplie de l'attendre, que ça lui prendra une petite heure pour s'en revenir de La Sarre et elle viendra nous rejoindre. Alors, on a cherché comment occuper cette petite heure, la pluie venait tout juste de commencer, ça ne nous tentait plus de jouer dehors. 

J'ai pensé à la bibliothèque! Dominic était d'accord. Les petites sautaient de joie. Blanche ne savait pas trop de quoi on parlait mais elle sautait de joie quand même, elle imite toujours sa grande sœur. On s'est dit que pour une première fois dans son cas, une visite rapide allait peut-être suffire, histoire de s'apprivoiser un peu à ces consignes de calme et de presque silence, à cet univers rempli de livres et de jouets.

Félixe faisait sa grande et voulait accompagner sa petite soeur au royaume des découvertes. Mais Blanche n'avait aucune envie d'avoir un guide, elle était dans un état d'émerveillement qui faisait plaisir à voir. Elle a pris quelques livres à sa hauteur et elle voulait tous les « lire ». Elle se promenait en essayant toutes les chaises, toutes les tables, en répétant sans cesse « Wowwwwww », tant et si bien qu'à la fin, elle oubliait de parler tout bas et il fallait la surveiller pour qu'elle n'amène pas tous les livres à sa hauteur sur la table qu'elle avait choisie. On a eu de la misère à la suivre un peu mais on a vu que lorsqu'elle aura 3 ans, elle sera très intéressée elle aussi par nos sorties de filles à la bibliothèque. 

En plus, elle a charmé tout le monde qu'il y avait là, les clients comme les dames qui sont aux prêts de livres au premier étage. Ces dames qui nous connaissent bien pour nous voir ensemble toutes les semaines ont bien deviné qu'il s'agissait de la petite soeur de Félixe mais elles s'en sont informées auprès d'elle, parce qu'elles voyaient bien la ressemblance et la complicité entre les deux petites soeurs.

Ah si vous aviez vu la fierté de Félixe de leur présenter Blanche et leur dire que l'année prochaine, elle sera abonnée elle aussi à la Bibliothèque municipale de Rouyn-Noranda parce qu'elle aime vraiment beaucoup les livres!

dimanche 2 octobre 2016

Suite du billet précédent

Quand je vous disais qu'on a été complètement happés par toutes sortes d'émotions à la suite de la présentation de l'avant-première de ce film de mon histoire, « Des Îles de la Madeleine à l'Île Nepawa »...

C'était le 4 septembre dernier, à l'Île Nepawa, et depuis ce temps, les événements s'enchaînent et se bousculent à un rythme effréné, au point où j'avais oublié qu'on avait été interviewés, plusieurs d'entre nous, dont ma mère, mon oncle Eddy, le frère de mon père, des amis et parents également ainsi que moi-même, par TVC9 qui en a fait un reportage qui vous en donne un aperçu.

Vous allez voir ce que ça donne quand Zoreilles est émue! Mais ma mère était encore plus émue que moi, ça se voit et ça s'entend!

https://vimeo.com/184433581

Également, dans la foulée du lancement du documentaire, au Centre d'archives régional des Îles, on va créer un fonds d'archives à mon nom avec tout ce que j'avais laissé au Musée de la mer, en juin 2012, dont la bio de ma grand-mère maternelle. 

Et parce que les technologies de l'époque où j'avais réalisé les entrevues qui ont mené à cette bio de ses récits et ses souvenirs, en 1993, j'ai décidé de tout reprendre depuis le début, sans changer la moindre virgule de ce que ma grand-mère racontait, mais en retouchant la mise en page, en ajoutant des photos d'époque et autres mises à jour devenues nécessaires, entre autres par le fait de les avoir conservés, ces vieux fichiers informatiques de 1993, sur une disquette 3.5.

Et j'ai terminé ce document ce matin!

Si ça vous intéresse de lire « Rencontres avec elle - Éva Poirier 1904-1993 » donnez-moi votre adresse courriel et je vous ferai parvenir ce fichier de 3.5 Mo qui contient 52 pages couleur avec une quinzaine de photos environ. 

mercredi 31 août 2016

LE FILM DE MON HISTOIRE

L'histoire de mes familles acadiennes commence du côté maternel dans le Poitou en France, d'où sont partis mes ancêtres Poirier pour venir s'établir en Acadie, en 1604, à Beaubassin. Quant à mes ancêtres paternels, les Turbide, ils étaient descendants de pêcheurs basques et bien avant de venir s'établir en Acadie, à Port Royal plus précisément, ils venaient pêcher le long des côtes des provinces maritimes et sur la Côte-Nord québécoise. 

À partir de 1755, il y a eu la Déportation des Acadiens sur une période d'à peu près 7-8 ans et tous mes ancêtres se sont retrouvés après quelques années d'errance aux Îles Saint-Pierre et Miquelon, petit coin de France en Amérique, mais qui, à l'époque, passait aux mains des Anglais et des Français, selon les conflits armés gagnés ou perdus. 

Un jour, je vous raconterai l'histoire incroyable d'une femme, Anne Boudreau (ou Anne Boudrot selon certains documents officiels de l'époque) qui a marqué mon destin puisqu'elle se retrouve, à partir de 1790, à faire partie de tous mes arbres généalogiques. Après un peu de recherche, et par un coup de chance fabuleux, j'ai obtenu la preuve de ce que mon intuition m'avait fait soupçonner. 

En 1793, se sentant pris au piège par une flotte anglaise qui avait encerclé les Îles Saint-Pierre et Miquelon, tous mes ancêtres qui faisaient partie d'un groupe de plus de 200 hommes, femmes et enfants, ont fui, en pleine nuit, dans des goélettes qui pouvaient encore naviguer, pour échapper à cette menace qui planait et aller s'établir aux Îles de la Madeleine. Ils étaient pacifiques mais ils refusaient de se soumettre à la domination anglaise ainsi qu'à une autre religion que la leur.

Depuis 1793 qu'on est Madelinots et Madeliniennes... 

L'histoire de l'archipel madelinot et de ses habitants est fascinante, toute faite de courage, de foi, de solidarité, d'entraide, de résilience et d'espérance. Tout au long de cette histoire, et parce qu'on est des insulaires, on a dû faire face à plusieurs problématiques, entre autres la surpopulation de l'archipel, l'isolement, les moyens de transport et de communication avec la grande Terre qui étaient difficiles en toutes saisons et tout ce qu'on peut imaginer de particulier au fait de vivre sur des îles en plein golfe Saint-Laurent. 

Ainsi, au XIXe Siècle, plusieurs contingents madelinots sont partis des Îles pour aller fonder plusieurs villages sur la Côte-Nord. Ils ont été suivis par d'autres contingents partis s'établir au Nouveau-Brunswick et puis dans le comté de Matapédia, au Québec. Au XXe Siècle, un autre contingent madelinot est allé s'établir à Lac-au-Saumon, suivi d'un autre dans la grande région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Et c'est sans compter tous les Madelinots qui partaient simplement aux études ou pour aller en rejoindre d'autres de leurs proches déjà installés à Québec, par exemple, ou encore à Verdun, près de Montréal. 

Le dernier contingent parti des Îles pour aller s'établir ailleurs fut celui de l'Abitibi. En fait, ce sont plutôt deux contingents : celui de 1941 comprenait 102 Madelinots qui partaient des Îles sans espoir de retour pour aller s'établir à l'Île Nepawa. L'année suivante, 104 Madelinots allaient les rejoindre et s'établissaient à quelques kilomètres des premiers, à Sainte-Anne de Roquemaure. Mon père était du premier contingent et ma mère, du deuxième. On était en pleine Deuxième Guerre Mondiale. 

LE FILM DE MON HISTOIRE


Cette photo d'archives a été prise à la gare de Québec, en 1941, où les Madelinots étaient de passage, en provenance des Îles de la Madeleine, qu'ils avaient quitté en bateau jusqu'à Pictou, en Nouvelle-Écosse, avant de poursuivre le voyage par train jusqu'à Québec.

Quand j'avais mis la main un jour sur cette photo, mon père était décédé, et j'avais eu une grande vague d'émotion quand je l'avais tout de suite reconnu, à 13 ans, juste à côté de son cousin et meilleur ami, Évé, du même âge exactement. Deux frères de coeur qui n'allaient jamais se quitter, qui ont vécu tant de choses ensemble. Leurs visages et leurs expressions correspondaient en tout point à ce que mon père m'avait raconté de ce voyage qui les avait déracinés et amenés en pays neuf. J'aurais tellement voulu montrer cette photo à Papa qui n'a jamais su qu'elle existait.



1941, port de Pictou, Nouvelle-Écosse, sur le SS Lovat. Des Madelinots en route pour l'Île Nepawa.


De Pictou, ils prenaient un autre train pour se rendre jusqu'à La Sarre, en Abitibi. Ils se rendaient avec des chevaux jusqu'au lac Abitibi. Avant la construction du pont de l'Île Nepawa, ils s'embarquaient sur un chaland pour se rendre jusqu'à l'île qui deviendrait leur nouvelle patrie.


1941, lac Abitibi. Des Madelinots, après un long voyage, vont s'installer à l'Île Nepawa.  





En 1942, ce sont 104 Madelinots qui quittaient les Îles de la Madeleine pour s'en venir en Abitibi. Cette photo d'archives montre « la goélette à Clopha » sur laquelle s'étaient embarqués la plupart d'entre eux. 


Août 1942, une partie des Madelinots embarqués sur la goélette à Clopha. J'y reconnais ma mère, avec son béret et le bout de son nez qui dépasse, cachée en partie derrière une grande fille de laquelle elle se sentait proche. J'y reconnais aussi de mes oncles, tantes, leurs cousins et cousines, qui étaient à l'époque des enfants ou de jeunes adolescents pour la plupart. Ma mère avait 10 ans et elle avait toujours rêvé de prendre un jour un de ces gros bateaux qu'elle voyait passer au large et qui ne revenaient pas. 


Août 1942. Même jour, à quelques minutes d'intervalle. 


Réplique du SS Lovat que j'ai photographiée en 2008 au Musée de la mer, à Havre Aubert, aux Îles de la Madeleine. Les enfants qui étaient en âge de voyager seuls, les jeunes adolescents et quelques hommes responsables voyageaient à bord de la goélette à Clopha mais il y avait quelques places disponibles avec des cabines pour quelques exceptions qui ont fait le voyage à bord du SS Lovat, ce qui était le cas pour ma grand-mère maternelle, enceinte de 8 1/2 mois, mon grand-père maternel qui devait transporter son vieux père dans ses bras puisqu'il était incapable de marcher. Ils avaient aussi avec eux quatre de leurs six enfants trop jeunes pour embarquer sur la goélette à Clopha. Autrement dit, de sa famille, seulement ma mère et son petit frère de 8 ans ont fait le voyage sans leurs parents. 


Sur cette photo d'archives qui a été prise à quelques heures du grand départ des Îles, on peut voir ma grand-mère maternelle, enceinte de 8 1/2 mois même si ça ne paraît pas, mon grand-père avec son petit dernier dans ses bras, son père, donc mon arrière grand-père assis sur une chaise parce qu'il était incapable de marcher, et trois de ses petits-enfants qui l'entourent. Seuls ma mère et son petit frère Edwin ne sont pas sur cette photo, ils étaient partis courir dans les buttes une dernière fois... 

Îles de la Madeleine, juin 2008

En voyage aux Îles en solitaire, à la fin de juin 2008, partie faire le deuil de mon père trois ans après son décès et voulant me rapprocher de tout ce qui me rappelait cet homme que j'ai tant aimé et qui me manquait beaucoup, j'ai vécu tant de retrouvailles et de moments heureux là-bas que j'ai eu l'impression d'y avoir vécu tout un été. Par une journée de grisaille, j'ai été faire une visite au Musée de la mer pour essayer d'y trouver des traces de cette histoire du dernier contingent madelinot parti des Îles pour l'Abitibi et ainsi pouvoir documenter davantage mon histoire de famille. 

J'avais discuté longuement avec le directeur du Musée, un homme passionné et passionnant, avec lequel j'avais eu plusieurs réponses à mes questions. Quand j'ai voulu savoir ce qu'ils avaient dans leurs archives à propos des deux contingents qui concernaient mes parents et mes quatre grands-parents, j'ai appris avec stupeur que si tous les autres contingents d'avant étaient plus ou moins bien documentés, il n'y avait absolument rien à propos des deux contingents de l'Abitibi. Rien du tout. Pas la moindre trace de notre histoire ne subsistait officiellement aux Îles. 

Devant mon étonnement et ma stupéfaction, le directeur m'avait lancé une invitation : « C'est parce que c'est toi qui dois l'écrire et la documenter, c'est ton histoire! ». J'avais pris son invitation comme une mission dont j'étais la seule à pouvoir m'acquitter, un devoir de mémoire dont je me sentais responsable, au nom de tous les miens. Je lui ai fait la promesse que j'allais revenir aux Îles et que la prochaine fois, je n'arriverais pas les mains vides. 


Fin juin 2012, je reviens aux Îles de la Madeleine, cette fois en compagnie de mon mari, de mon frère Jocelyn et ma belle-soeur Guylaine. Depuis des mois que je corresponds avec le directeur du Musée de la mer. Ce jour-là, il m'attend, j'ai rendez-vous avec lui et avec mon histoire. Il sait que je viens livrer la marchandise et remplir ma promesse faite quatre ans plus tôt, à son invitation. 


Le directeur me reçoit et je dépose aux archives du Musée de la mer tout ce que j'ai de documents audio, entre autres les entretiens que j'ai eus avec ma grand-mère maternelle lorsque j'ai fait sa biographie en édition limitée, quelques mois avant son décès, en 1993. J'apporte aussi des photos, des documents de toutes sortes glanés ici et là, chez des Madelinots en Abitibi, tant à l'Île Nepawa qu'à Roquemaure et tout ce qui est pertinent à notre histoire qui, à partir de là, allait être au moins un peu documentée. C'était mon héritage et je n'avais pas le droit de le garder pour moi toute seule. 

Deux ans plus tard, Céline Lafrance et Sylvio Bénard, deux Madelinots, sont tombés en amour avec notre histoire et ils ont décidé de s'y investir corps et âme pour en faire un film documentaire qui sera suivi d'un livre à paraître à l'été 2017.

Sans relâche depuis 2014, ils y ont travaillé avec ardeur, passion et enthousiasme, autour de 4000 heures me disaient-ils récemment, rencontrant tous ceux qu'ils pouvaient interviewer pour leur laisser toute la place, une prise de parole signifiante et qu'ils racontent ce qu'ils ont vécu comme enfants et ce qu'ils sont devenus par la suite, ainsi que leurs descendants qui, encore aujourd'hui, retournent aux Îles régulièrement, dès qu'ils en ont la chance. C'est qu'on a besoin de retrouver nos racines, notre parenté, nos petites histoires dans la grande Histoire avec un grand H, nos paysages, nos trésors, nos très chères Îles de la Madeleine qu'on n'a jamais oubliées.

Je suis en lien avec eux depuis le début. Par courriel, par courrier postal, par téléphone, et même en personne, on s'échange des renseignements, des questions, des réponses, des photos, des bouts d'histoire, des coordonnées, des suivis, des nouvelles, etc. Je n'arrête pas de les remercier de faire ce qu'ils font puisque c'est un cadeau qu'ils nous offrent sur un plateau d'argent de faire revivre notre passé récent (cette pas pire épopée que je dis toujours!...) dont nous sommes si fiers et la transmission dont nous sommes les maillons survivants d'une chaîne qui n'est pas près de se casser ou de s'effilocher. 


L'été dernier, en août 2015, je retournais aux Îles, cette fois avec mon mari, notre fille, son mari et nos deux petites-filles. Je manque de mots pour exprimer tout ce que ce voyage signifiait pour moi. Une sorte de continuité, la transmission d'un héritage reçu que j'avais besoin de redonner à mon tour, comme un repère dans leurs vies, un phare dans la nuit, pour le jour où je ne serai plus là pour en témoigner. Nous avons fait encore un voyage merveilleux. Ils sont tous tombés en amour avec les Îles et les Madelinots. J'en étais sûre!


Pendant ce dernier séjour aux Îles, il était convenu que j'allais faire une journée de tournage avec Céline et Sylvio, en compagnie de Fred à mon oncle Will, à Havre-aux-Maisons, sur les terres où habitaient jadis mes deux parents et mes quatre grands-parents. 

J'ai un souvenir très flou de cette journée. J'étais là mais j'étais ailleurs en même temps, les deux pieds bien plantés dans ces terres entre buttes, dunes et sillons, à côté de la butte à Mounette, entre la Dune du Sud et la la Baie d'En dedans. J'avais la tête ailleurs et le coeur aussi, de l'eau salée dans mes veines, je me sentais habitée de ceux que j'ai tant aimés et qui nous ont quittés. Je puisais en dedans de moi les réponses aux questions qu'on me posait et je me souviens vaguement qu'à quelques reprises, il y a eu des silences éloquents parce que j'étais trop émue pour finir ma phrase et même si je n'avais pas de larmes qui coulaient, on a dû arrêter le tournage parce que Céline avait les yeux dans l'eau et Fred à mon oncle Will aussi. Sylvio restait très absorbé par les aspects techniques des images et du son ambiant, le vent étant aux Îles un personnage toujours présent.

Je ne me rappelle plus ce que j'ai raconté mais je sais que ça ne pouvait pas être plus vrai. 

Le film documentaire « Des Îles de la Madeleine à l'Île Nepawa » de Céline Lafrance et Sylvio Bénard, sera présenté en avant-première sur invitation dimanche le 4 septembre à l'Île Nepawa en après-midi, en présence des deux réalisateurs. J'irai là-bas avec ma mère qui a eu une invitation elle aussi parce qu'elle fait partie des personnes qui ont été interviewées et qui figurent dans ce documentaire qui nous tient beaucoup à coeur. Nous y serons réunis en compagnie de ceux et celles qui ont vécu cette histoire et qui ont pris part au tournage de ce film qu'on est certains d'aimer avant même de l'avoir vu. 

J'ignore quand et où le film sera présenté par la suite, s'ils pourront l'offrir en DVD ou s'il terminera sa carrière lorsqu'il sera acheté et diffusé sur une chaîne télé généraliste ou spécialisée. Tout ce que je peux vous dire, pour l'instant, c'est qu'il est lancé officiellement à l'Île Nepawa le 4 septembre, à La Sarre, le 5 septembre, au Mouvement social madelinot à Verdun, le 8 septembre, à Cap-aux-Meules aux Îles de la Madeleine les 18, 21 et 24 septembre. 

Le livre qui portera probablement le même titre et qui sera plus complet que le film de 72 minutes, sera publié aux éditions de La Morue verte, l'été prochain. 

dimanche 10 juillet 2016

ÊTRE MAMAN, ÇA S'APPREND!


C'était le 4 juillet dernier. Félixe nous a fait un de ses nombreux spectacles de danse, de chant et d'acrobaties pendant que son papa Dominic et sa petite soeur Blanche, avec « son bébé » sont un public charmé et attentif. 


Le lendemain, 5 juillet, Blanche prend une pause dans les bras de sa maman, Isabelle, mais même si elle est très fatiguée, elle n'abandonne jamais « son bébé »!



Là, c'est le 7 juillet, notre anniversaire à toutes les deux. On dirait que « son bébé » est greffé à son bras gauche! 


Encore là, avec « son bébé » qui ne la quitte pas, on peut quasiment dire que je suis déjà une arrière grand-mère!


Hier après-midi, après sa sieste, Blanche avait sa collation préférée, des bleuets, et elle en offrait régulièrement à « son bébé ». 

ÊTRE MAMAN, ÇA S'APPREND!

Je vais vous confier un secret... Avant d'être maman, j'avais peur de ne jamais devenir une bonne maman. D'ailleurs, ma mère m'a souvent raconté que toute petite, je ne jouais pas avec des poupées. Je m'intéressais à plein de choses mais pas aux poupées, sauf une peut-être, à laquelle j'accordais parfois un peu d'attention, une poupée noire. Ce choix de vie de mettre des enfants au monde, d'en prendre soin, de les aimer, de les aider à grandir, d'en faire des êtres capables d'aimer et d'être aimé, me semblait une responsabilité bien trop grande pour que je fasse ce choix qui n'allait pas de soi tant que ça pour moi, même si j'étais très en amour et que j'ai toujours aimé les enfants. 

J'ai eu beau réfléchir longtemps à la maternité puisque cela ne s'est produit qu'après 9 ans d'attente et d'espérance. Tous les examens s'étant avérés non concluants à la clinique de planification des naissances, on voyait bien que la médecine n'arrivait pas à expliquer pourquoi nous étions incapables de concevoir. À chaque fois que j'allais à cette clinique, et Dieu sait qu'on y va souvent, surtout quand certains examens doivent être recommencés plusieurs fois, dans la salle d'attente, les autres femmes m'abordaient spontanément en croyant que j'étais là moi aussi pour une interruption de grossesse. 

Je les laissais penser ainsi. Je ne cherchais pas à rétablir les faits. Il me semblait que dans un moment pareil, elles n'avaient pas besoin d'entendre que de concevoir un enfant pouvait être si ardu, au cas où elles remettraient en question cette difficile décision qu'elles avaient prise contre leur gré et, la plupart du temps, avec un sentiment de culpabilité qu'elles supportaient toutes seules.

Comme je ne parlais pas de moi, je recevais beaucoup de confidences de celles qui vivaient un moment de grande fragilité dans leur vie. Vous savez qu'on se confie plus facilement à des étrangers qu'à nos proches... J'ai toujours eu beaucoup de respect, d'empathie et de compréhension pour celles qui faisaient un choix différent du mien. Au fond, nous étions si proches dans notre façon de voir la maternité comme quelque chose qu'il ne fallait pas prendre à la légère. Avoir un enfant, si c'est ce qu'on veut vraiment, ça peut être la plus belle expérience de vie au monde. C'est mon cas. Mais avoir un enfant au mauvais moment, dans des conditions difficiles, pour les mauvaises raisons ou avec un piètre partenaire, ça peut avoir pour effet de rendre cet enfant malheureux ou carencé du point de vue affectif. Il n'y a pas de chance à prendre et c'est par amour pour les enfants que j'ai toujours été, que je suis encore et que je serai toujours pour le libre choix. 

Pendant ce temps-là, les années passaient, j'avançais dans la vingtaine et nous avions fait une demande d'adoption à l'international qui était en cours de cheminement lorsque le miracle s'est produit. J'étais enceinte! Tout au long de cette grossesse psychologique qu'est une demande d'adoption et l'attente qui s'en suit, je me disais que j'avais eu beaucoup d'intuition, enfant, quand j'avais eu un coup de coeur pour cette poupée noire parce que c'était peut-être mon destin d'accueillir un enfant venu d'ailleurs pour en faire le nôtre. Les autorités responsables de l'évaluation psychosociale des adoptants, à l'annonce de mon test de grossesse positif, ont fermé notre dossier d'adoption parce que la loi le voulait ainsi à l'époque  mais ils m'avaient assuré que si je ne menais pas ma grossesse à terme, ils allaient réactiver notre dossier d'adoption aussitôt, sans devoir passer à travers les procédures administratives qui prennent tant de temps.

Et puis, vous connaissez la suite, au bout d'une grossesse difficile et de plusieurs séjours à l'hôpital, j'ai accouché à terme d'une belle petite fille en santé à l'âge de 29 ans. C'est l'âge qu'a ma fille aujourd'hui...

À l'instant où elle est née, j'ai cessé de douter, ou plutôt je suis devenue plus forte que mes doutes, comme si j'étais venue au monde moi-même en même temps qu'elle. Je me suis fait confiance. La maternité est la plus belle aventure humaine qui me soit arrivée et j'en vis toujours de grands bonheurs qui sont multipliés par trois avec la présence de mes deux petites-filles. 

Je viens d'avoir 59 ans. Je fais des bilans et des constats. Comme maman et comme mamie, tout ce que je peux dire, c'est que j'ai fait de mon mieux avec tout ce que je suis et tout ce que je crois. Quand je vois ma fille et mes deux petites-filles interagir entre elles, avec moi, avec les autres et dans leur univers où elles s'épanouissent, j'aime croire qu'elles sont un miroir qui  reflète ce que j'avais en dedans de moi, qui ne paraissait pas, que j'ignorais aussi mais qui ne demandait qu'à vivre.


jeudi 23 juin 2016

SPECTACLES DE FIN D'ANNÉE


On pourrait penser qu'il s'agit de ma petite-fille, Félixe, tellement la ressemblance est frappante avec sa mère, ma fille Isabelle, à l'âge de 8 ans, en 1994, au moment du lancement de son livre, Rêveries d'enfant pour adultes, un recueil de ses textes qui avait été publié aux éditions D'ici et d'ailleurs. À l'époque, son père et moi, avons assisté à tellement de spectacles d'enfants, à l'école et ailleurs, puisque notre fille s'investissait corps et âme chaque fois qu'il était question de la scène, en musique, théâtre, littérature, danse, animation et humour. 


Cette même petite Isabelle, devenue grande et même deux fois maman, continue de s'impliquer culturellement chaque fois qu'elle en a l'occasion, et elle reconnaît bien chez sa plus vieille le même engouement pour tout ce qui touche à la scène et aux spectacles. Ici, fin mai dernier, mère et fille réunies sur la scène de l'Agora des arts, nous offraient un conte chanté, dans le cadre du Festival des guitares du monde. Nous continuons toujours,  comme parents et grands-parents, à assister à tous les spectacles. 


Le spectacle terminé, elles sont sur l'adrénaline pour un bon bout de temps et on aime à les accompagner le temps qu'elles se déposent en douceur. 


Notre tradition familiale veut qu'on leur paye la crème glacée après le show!


Quelques semaines plus tard avait lieu le spectacle de l'école à Félixe où elle interprétait une pièce au violon. Je n'ai pas pris de photo du spectacle mais on n'a pas manqué à notre tradition familiale après le show. Même Mamie s'en est payé une parce que c'est bien meilleur quand on ???? Partage!

Papi non plus n'a pas pu résister à la tradition de la crème glacée!


Deux jours plus tard, c'était le spectacle des élèves en musique de son école. Le prof de musique est tout simplement génial, il a su monter un show qui était enlevant du début à la fin. 


Notre tradition d'après spectacle s'est enrichie encore : Ce sont les autres grands-parents de la petite (Guy et Nicole sont nos grands amis) qui avaient prévu le coup en nous invitant chez eux après le show, et ils avaient pris soin d'acheter beaucoup de sortes différentes de crème glacée!


Même Blanche, surnommée « Ti-clown », était venue applaudir sa grande sœur. Après le spectacle, c'est elle qui n'en finissait plus de faire toutes sortes de sparages pour nous faire rire et se faire dire Bravo. Elle exigeait ses applaudissements elle aussi!   



SPECTACLES DE FIN D'ANNÉE

Vous souvenez-vous des spectacles de fin d'année à votre école? Pour moi, ils font partie de mes plus beaux souvenirs d'enfance. On s'organisait des mois à l'avance et plus la fin de l'année scolaire approchait, plus on avait des répétitions, plus notre participation formait un ensemble cohérent et plus on avait hâte de monter sur la scène pour livrer le spectacle d'une chanson, une pièce de théâtre, un show d'humour, une danse ou quoi que ce soit qui nous vaudrait les applaudissements d'une salle qu'on avait conquise de toute notre créativité et notre esprit d'équipe! Dans ces moments-là, j'étais partout et j'étais heureuse. À cette époque, si on était chanceux, on avait l'un de nos deux parents qui s'était déplacé pour l'occasion. 

J'ai eu la chance de revivre tout cela par procuration lorsque notre fille était enfant. Je me reconnaissais tellement dans ces bonheurs qu'elle vivait à préparer ces spectacles, les livrer à un public qui ne demandait pas mieux que d'être fier d'eux et de les applaudir. Dans les années 90, la plupart du temps, les deux parents venaient applaudir leurs enfants aux spectacles de fin d'année de l'école. 

Aujourd'hui, quand les enfants font un concert ou un spectacle de fin d'année, les gymnases de nos écoles ne sont plus suffisants. On loue des salles qui sont pleines à craquer, il y a du monde debout partout, on filme, on prend des photos, on applaudit en leur faisant des ovations debout, on demande des rappels et j'en ai même vu qui offraient des fleurs, à ces artistes en herbe! 

Il y a foule maintenant à ces spectacles. Qui y assiste? Pour chaque enfant, il y a la maman et son conjoint, le papa et sa conjointe, dans le cas des parents séparés. On ajoute les petits et grands frères et soeurs, les grands-parents des deux bords, la gardienne et ça va jusqu'aux parrains et marraines! Ça dit beaucoup sur notre époque et l'amour qu'on porte à nos tout petits, je trouve. 

Et moi, en tant que mamie, je vis encore avec autant d'enthousiasme et de fierté ces véritables fêtes qui viennent marquer la fin des classes et le début des vacances. 

En ce 23 juin, veille de la Fête nationale des Québécois, je souhaite à tous les enfants ainsi qu'aux enseignants qui les aiment et les encadrent d'une merveilleuse façon depuis septembre, un été ensoleillé et riche de mille découvertes.

Avec une crème glacée de temps en temps!

DERNIÈRE HEURE


Jeudi 23 juin, en 5 à 7, au Café-Bar l'Abstracto, à l'occasion de la Fête nationale des Québécois, les trois comédiens, Alexandre Castonguay, Isabelle Rivest et Étienne Jacques viennent de nous offrir une prestation à la fois intense, drôle, réaliste et touchante du très percutant texte La Déroute, de Dominique Champagne, qui avait été créé dans le cadre du Cabaret poétique Tout ça m'assassine, à l'automne 2011, à la Place des arts, à Montréal.

On a réfléchi, on a eu les yeux dans l'eau, on a ri, on a chanté, on a été émus et on s'est souvenu qu'on était... quelque chose comme... un grand peuple... qui ne demandait qu'à vivre... quitte à renaître.

vendredi 3 juin 2016

LA FIN D'UNE ÉPOQUE


Coucher de soleil sur la mer, au phare de l'Étang-du-Nord, Iles de la Madeleine. 

LA FIN D'UNE ÉPOQUE

Il arrive parfois que les événements de nos vies s'enchaînent l'un à la suite de l'autre de façon à ce qu'on ne puisse faire autrement que de chercher un sens à tout cela. 

Dernièrement, j'ai beaucoup côtoyé la mort. Et la fin de vie. Curieusement, je me sens plutôt sereine, aimante comme jamais, reconnaissante à la vie et remplie de gratitude pour ce qui était la fin d'une époque pour plusieurs personnes que j'aime profondément. Et que j'aimerai toujours. 

Tout d'abord, il y a eu Paulo et ensuite, Évé. Les deux meilleurs amis de mon père. Et aussi des voisins, de la parenté proche, de la parenté choisie qui nous accompagne depuis toujours. Ces hommes-là étaient des phares, comme mon père en était un également. Ils sont venus des Îles jusqu'en Abitibi sur le même bateau nous inventer ici un paradis à la mesure de nos rêves. 

J'aimerais vous parler de Paulo. Un homme sage, bon, généreux, accueillant, d'un jugement sûr, qui savait se faire aimer de tous, aimant la vie par-dessus tout. Dès notre arrivée à Rouyn-Noranda, j'étais rassurée qu'ils étaient nos voisins d'en face. Cette famille ressemblait à la nôtre, nos parents étaient de grands amis et nous aussi les enfants, on a grandi ensemble. Pas un seul Madelinot ne passait en ville sans s'arrêter chez nous ou chez eux, on faisait  de la musique dans toutes nos rencontres et quand nos parents se faisaient venir des Îles du homard frais, du hareng boucané ou tout autre produit de la mer, nous, les enfants, étions trop heureux qu'ils nous donnent quelques dollars pour qu'on aille tous ensemble manger « Chez Morasse » parce qu'on levait le nez, dans ce temps-là, sur ce qui faisait les délices de nos parents On finissait toujours par festoyer ensemble après le souper, dans les rires, la bonne humeur et la musique. Nos liens étaient tissés serré. On était du même sang, on avait de l'eau salée dans nos veines, ça se voyait et ça s'entendait. 

Quand Paulo a été admis à la Maison des soins palliatifs à la mi-mai, j'ai eu mal. J'étais branchée sur eux par le coeur. Je savais que sa femme, ses enfants, mes amis de toujours, n'allaient plus le quitter une minute, ses petits-enfants aussi. Ils allaient vivre avec lui ses derniers moments, il y aurait du beau, du bon, du  triste, de l'amour tout plein et probablement des chansons aussi. Pour avoir vécu cette période au chevet de mon père il y a 11 ans, je me souviens que dans ces moments-là, on ne dort plus, on ne mange plus, on est ailleurs, on a trop de choses à vivre et on ne veut pas passer à côté.

Me sentant impuissante, tout à la fois avec eux et loin d'eux, je me suis mise aux fourneaux et j'ai préparé un repas complet pour au moins 12 personnes. Je l'ai assaisonné de tout l'amour que je pouvais y mettre, en pensant à tous nos souvenirs, ces bons moments partagés au cours de nos vies où l'on ne s'est jamais perdus de vue. Je ne voulais pas déranger la famille, donc j'ai été porter ce repas chez Milène, la petite-fille de Paulo, la fille de nos grands amis qui veillaient leur père. Je savais qu'elle irait le soir même elle aussi rejoindre les autres de sa famille. C'était le jeudi à l'heure du souper. 

Dix minutes plus tard, j'avais un appel téléphonique de l'une d'entre eux. « Viens nous rejoindre à la Maison des soins palliatifs, on est tous ensemble, Paulo a toujours sa conscience, il ne souffre pas mais à cause de la médication, il dort beaucoup alors si tu fais vite, tu pourras le voir, lui parler, il serait content de te voir ». 

Je n'ai pas résisté à pareille invitation. Je ne me souviens pas d'avoir conduit ma voiture entre chez nous et la Maison des soins palliatifs, tellement j'étais comme une automate. Je suis entrée là comme on entre dans une église, avec respect et recueillement. Toute la famille est venue m'accueillir avec des câlins et des sourires. Paulo était dans son lit, rayonnant d'une grande sérénité lui aussi, comme tous les siens, les yeux mi-clos. 

Ils ont dit : « Paulo, c'est Francine! ». Ils m'ont fait signe de m'approcher de lui, de m'asseoir sur la chaise près du lit, à sa tête. Je lui ai touché l'épaule, le bras, la main. Il m'a souri comme à son habitude mais son sourire était plus large et généreux il me semble. Il m'a tendu sa joue, par deux fois. Je l'ai embrassé doucement les deux fois. Il a ouvert très grand ses yeux la deuxième fois. On a échangé un regard très profond, jusqu'au fond de l'âme. Il voulait me dire quelque chose, il était si faible. Il a articulé deux syllabes seulement mais je ne les oublierai jamais parce qu'elles étaient imprégnées d'un sourire et d'un regard : MER-CI. 

Les moments de silence et les échanges de regards qui ont suivi m'ont semblé être chargés d'éternité...

Puis, l'infirmière est venue, c'était le moment de lui faire ses soins de confort. Nous sommes tous sortis de la chambre comme si on marchait sur des nuages. On est tous allés dehors, sur la grande terrasse, face au lac. On était assis tous en rond, incapables de se quitter. Le soleil couchant nous enveloppait d'une douce lumière dorée, tout était calme et beau. On était portés par quelque chose de fort, de très puissant. Je dirais que c'était de l'amour, d'une sorte d'amour très nourrissant. On ne pleurait pas, on souriait. On a parlé de Paulo, bien sûr, de tout ce qui allait nous manquer chez lui, de ce qu'on avait reçu, qu'on allait essayer de garder vivant dans nos coeurs et nos mémoires.  

On m'a raconté que le repas que j'avais préparé, ils l'ont mangé au souper du vendredi soir, tous autour de la grande table devant la porte ouverte de la chambre où Paulo était alité. Chacun son tour, ils se relayaient à son chevet et retournaient à la table. Il y en avait pour bien plus que 12 personnes paraît-il. Il est même resté deux portions du gâteau au rhum qu'ils ont offert aux infirmières du quart de soir. 

Paulo est décédé quelques heures plus tard, entouré comme il l'a toujours été. Ses enfants sont venus prendre un café chez nous le lundi après-midi après avoir préparé tout ce qu'ils voulaient pour la suite des choses. Ils m'ont demandé de faire une lecture pendant le service qui aurait lieu le mercredi mais c'était un prétexte pour se revoir, je crois. Parce que cet après-midi là, tous ensemble, on a retrouvé ce qui nous avait toujours unis, une complicité, une parenté, des rires, des chansons et des souvenirs de tout ce qu'on a vécu ensemble. On a partagé les derniers moments de vie de Paulo.

Au salon funéraire, le mardi, et lors du service à l'église, le mercredi, j'ai vécu plein de choses, j'ai revu des gens que j'aime, je n'ai jamais autant reçu et autant vécu intensément que pendant cette période un peu hors du temps et de l'espace.

Deux jours plus tard, c'était Évé qui quittait ce monde. Un autre phare qui brillera dans la nuit. Une autre vie si bien remplie qui se termine dans l'amour et la sérénité. Si je ne l'ai pas vécu de la même façon tout à fait, il s'agissait encore d'une autre famille qui est tricotée à la mienne, et ce sont d'autres moments que je n'oublierai pas, une autre fin d'une époque. 

Je vais plus souvent qu'avant dans les salons funéraires et les services religieux à l'église. À travers les hommages qu'on rend à ces véritables phares, ce sont toutes les valeurs qui me sont chères que je reconnais, comme mon héritage, celui que je tente de transmettre à mon tour.

C'est le propre des gens de mon âge de fréquenter ces lieux où l'on côtoie la mort. J'y vais souvent pour la génération qui me précède mais j'y vais aussi de plus en plus pour des gens de ma génération, parents et amis. En quelque sorte, j'apprivoise la mort mais je me familiarise aussi avec la fin de vie et je viens de trouver un sens à tout cela : oui, c'est possible et même souhaitable d'être serein face à la mort, quand il y a plein de vie dedans. 

Je l'avais écrit et dit à l'église sans larme et avec le sourire lors du décès de mon père et j'en suis convaincue plus que jamais : « Nos vrais héros ne meurent jamais tout à fait » et aujourd'hui, j'ajoute « parce qu'ils ont tant semé et que c'est nous qui en récoltons les fruits ».